Comportement alimentaire - Fonction cérébrale
JFN2015/ABS-1375
Effet anxiolytique du maintien de l’activité physique au cours de la renutrition chez la souris anorexique : rôle du métabolisme musculaire de la kynurénine.
Najate Achamrah* 1, 2, 3, Christine Bôle-Feysot1, 2, Séverine Nobis1, 2, Liliana Belmonte1, 2, 3, Alexis Goichon1, 2, Jean-Luc Do Rego1, 4, Jean-Claude Do Rego1, 4, Pierre Déchelotte1, 2, 3, Moïse Coëffier1, 2, 3
1Institut de Recherche et d’Innovation Biomédicale, 2Unité INSERM U1073, Université de Rouen, 3Département de Nutrition, CHU de Rouen, 4Plateforme de comportement Animal SCAC, Université de Rouen, ROUEN, France
Introduction et but de l’étude: Les effets d’une activité physique adaptée au cours de la renutrition dans l’anorexie mentale reste controversés. Des données expérimentales récentes suggèrent l’existence d’un lien entre activité physique, modifications du métabolisme musculaire de la kynurénine en acide kynurénique et troubles de l’humeur. La kynurénine, métabolite du tryptophane, exerce en effet des effets délétères au niveau du système nerveux central alors que l’acide kynurénique n’est pas capable de franchir la barrière hémato-encéphalique. Nous avons donc évalué, dans le modèle ABA (activity-based anorexia), l’effet de l’activité physique sur le métabolisme énergétique et le métabolisme musculaire de la kynurénine au cours de la renutrition.
Matériel et méthodes: Des souris mâles C57BL/6 ont été placées dans des cages calorimétriques équipées d’une roue d’activité, avec un accès progressivement limité à l’alimentation jusqu’à J17. L’accès ad libitum à l’alimentation était restauré à J17. Les souris ABA ont alors été divisées en 2 sous-groupes: avec activité physique (ABA-PA, n=4) et sans activité physique (ABA-NPA, n=4). La dépense énergétique (DE) et le quotient respiratoire (QR) étaient mesurés en continu. La composition corporelle et l’activité locomotrice étaient également évaluées. Après restauration du poids, des biopsies musculaires (soleus) ont été réalisées pour analyser les facteurs impliqués dans le métabolisme de la kynurénine (KAT1, KAT3, KAT4, PGC1a, PPARa et PPARδ) par qPCR. Le seuil de significativité était fixé à p<0,05.
Résultats et Analyse statistique: La perte de poids était d’environ 25% à J17. Après renutrition, le poids était restauré à J22. Un rebond adipeux était observé dans les deux sous-groupes alors que la masse maigre était complètement restaurée uniquement dans le sous-groupe ABA-PA (p<0,05). Durant les premiers jours de renutrition, le QR était plus élevé dans le sous-groupe ABA-NPA vs ABA-PA (environ 1.1, p<0,05) suggérant une lipogenèse différente. La DE était diminuée à J17 (p<0,05) mais rapidement restaurée pendant la renutrition. A J22, la DE était plus élevée dans le sous-groupe ABA-PA vs ABA-NPA (16,48 vs 14,22 kcal/jour, p<0,05). L’activité locomotrice horizontale était diminuée à J17 au cours de la phase nocturne et restaurée uniquement dans le sous-groupe ABA-PA, suggérant un niveau d’anxiété dans le sous-groupe ABA-NPA. Le taux des ARNm codant pour KAT3, KAT4 et PPARδ était augmenté dans le soleus des souris ABA-PA vs ABA-NPA (2,66 ; 2.63 et 2,87 fois, respectivement, p<0,05). Ces résultats étaient confirmés par une augmentation des taux sériques de l’acide kynurénique chez les souris ABA-PA vs ABA-NPA (5,34 ± 0.80 vs 3,00 ± 1,19, p<0.05).
Conclusion: Le maintien de l’activité physique au cours de la renutrition favorise la restauration de la masse maigre et pourrait limiter l’anxiété chez les souris ABA par une augmentation du métabolisme musculaire de la kynurénine.
Conflits d’intérêts: Aucun conflit à déclarer