Obésité
JFN2015/ABS-1554
Comment prédire la perte de vue des patients après chirurgie bariatrique : analyse d’une série de 1281 patients opérés d’un court-circuit gastrique.
Marie-Aude Sirveaux* 1, Pierrette Witkowski2, Joanna Khalife1, Laurent Brunaud3, Olivier Ziegler4, Nicolas Reibel5, Didier Quilliot6
1nutrition-diabétologie, 2Unité Multidisiciplinaire de Chirurgie de l'Obésité, 3Chirurgie digestive et endocrinienne, 4Diabétologie-Nutrition, 5Chirurgie générale et Urgences, 6service de nutrition-diabétologie, CHU de Nancy, Nancy, France
Introduction et but de l’étude: La perte de vue des patients après chirurgie bariatrique est un problème crucial, en raison notamment des risques de carences. Le risque de non compliance au suivi peut influencer la décision ou orienter le type de chirurgie. L'objectif principal de l'étude est de rechercher les facteurs prédictifs de perte de vue, notamment parmi les critères d'évaluation psychologique.
Matériel et méthodes: Tous les patients opérés d’un court-circuit gastrique (CCG) entre 2004 et opérés depuis plus de 2 ans ont été inclus. Ont été considérés comme perdus de vue (PdV), les patients n’étant pas suivis par l’équipe pluridisciplinaire depuis plus de 2 ans. Les patients qui ne sont pas rendus à une consultation recevaient systématiquement un courrier de rappel. L'analyse a été faite par un test de Chi² et d’une régression logistique multivariée.
Résultats et Analyse statistique: Dans cette série de 1281 patients opérés d’un CCG, la moyenne de suivi était de 4,0 ans +/- 1,6 ans. 215 ont été perdus de vue, soit 16,8%.Le % de perte de vue augmentait avec le temps. L'âge était de 52,5+/-11,0 ans. La perte de poids moyenne était de 31,5% +/- 10,3% après 3 ans. Le sexe ratio n’était pas différent entre PdV et patients suivis (0,21 vs 0,19; p=NS) de même que l'IMC (46,4 +/- 7,4 kg/m² vs 45,3 +/- 6,5 kg/m² ; p=NS). Les PdV était en moyenne plus jeunes (39,1 +/- 9,8 ans vs 42,0 +/-10,9 ans; p<0,01). Le fait d’être au chômage était associé à une augmentation du risque de PdV (25,4% vs 18,5% pour les actifs ; p<0,01) et les antécédents familiaux d’obésité à une diminution du risque (17,8 % vs 28,6% ; p=0,014) ainsi que le comportement alimentaire de type « Binge Eating Disorder» (15,6% vs 21,0% ; p=0,048). Parmi les comorbidités psychiatriques, les troubles anxieux augmentait le risque (26,0% vs 17,2% ; p=0,012), ainsi que les troubles névrotiques ou obsessionnels (45,5 % vs 18,5% ;p=0,043). Concernant l’analyse des personnalités, la personnalité borderline représentait le facteur entraînant le plus fort risque de perte de vue (56,2% vs 18,0% ; p=0,0004) suivi des personnalités évitantes (57,1% vs 18,6% p=0,034) et dépendantes (31,7% vs 18,2% ; p=0,044). En analyse multivariée, la personnalité borderline est associée à un Odd Ratio (OR)= 7,35 (2,62-20,64;p=0,0002), suivie des troubles anxieux OR= 1,74 (1,11-2,72; p=0,015), indépendamment de l’âge (OR=0,98 (0.96 – 1.00) p= 0,05) des troubles névrotiques (NS), de la personnalité évitante (p=0,074), dépendante (NS), de la présence de BED, de l’âge et de la situation sociale.
Conclusion: Cette importante série de patients suivis après CCG, avec un taux relativement faible de perdus de vue permet de mettre en évidence un profil psychologique particulièrement à risque de perte de vue. Il s’agit des patients ayant des troubles de la personnalité, notamment de type borderline et les patients présentant des troubles anxieux. Ces données soulignent l’importance de l’évaluation psychiatrique préopératoire.
Conflits d’intérêts: Marie-Aude Sirveaux: Aucun conflit à déclarer, Pierrette Witkowski: Aucun conflit à déclarer, Joanna Khalife: Aucun conflit à déclarer, Laurent Brunaud: Aucun conflit à déclarer, Olivier Ziegler: Aucun conflit à déclarer, Nicolas Reibel: Aucun conflit à déclarer, Didier Quilliot , bureau des conférenciers à: Ethicon